Un diagnostic déclencheur d’une stratégie d’adaptation au changement climatique

Nom de la collectivité : Pays du Val d’Adour

Statut de la collectivité : Pays

Thématique : Réagir au changement climatique

Le Val d’Adour, Pays s’étendant sur 3 départements (Gers, Pyrénées Atlantiques, Hautes Pyrénées) et 2 régions (Midi Pyrénées et Aquitaine) compte 202 communes et 12 communautés de communes.
Au cœur du Sud Ouest, il réunit 50 000 habitants sur 1800 km2, et connaît depuis 1999 une croissance démographique positive (solde migratoire). S’il se situe dans les zones d’influence de Tarbes, Pau et Mont de Marsan, le Val d’Adour s’organise autour d’un réseau de villages et de bourgs centre. Le Pays compte peu d’établissements industriels, mais ils relèvent de filières de pointe : fibre optique, matériaux composites, sous traitant aéronautique, pharmacie. L’économie de services, caractérisée par de nombreuses unités de petite taille, représente près de 71 % des entreprises.

L’activité agricole (la surface agricole utile occupe 60% du territoire) a structuré historiquement l’économie et la culture de ce Pays, résolument rural. Après la polyculture et l’élevage, la vie et l’identité de l’Adour s’organisent depuis les années 50 autour de la maïsiculture intensive dans la plaine de l’Adour et des vignes des coteaux (zone d’appellation d’origine contrôlée : Madiran, côtes de St Mont, Pacherenc...)

C’est essentiellement sur cette culture agricole partagée, à la confluence du Béarn, de la Gascogne et du Bigourdin, et des questions relatives à la ressource en eau que se sont bâtis le Pays et ses projets d’intégration territoriale.

Le Pays s’est doté d’un GIP, chargé de la gestion des procédures institutionnelles (contrat de Pays, leader +, programme Interreg...). Il s’enrichit des propositions de son Conseil de Développement (200 membres), et est animé par son agence de développement, centre de ressources techniques et de coordination des animateurs territoriaux.

Reconnu en 2001, le pays décline ses engagements, visant le maintien et la diversification de l’emploi, la valorisation du patrimoine naturel et bâti, le maintien et l’amélioration des services de proximité, et la lutte contre l’exclusion. Leur mise en œuvre a mobilisé près de 49 millions d’€ (2002-2007).
Le renouvellement de sa programmation pour la période 2007-2013 a été construit dans le cadre du référentiel national des Agenda 21 : évaluation/diagnostic au regard des objectifs visés, identification participative des actions à associer aux enjeux, objectif d’amélioration continue de la gouvernance locale.

L’Agenda 21, qui constitue le second contrat territorial du Pays, vise :
-  La gestion intégrée et globale de l’eau et des milieux aquatiques
-  L’exemplarité énergétique et la qualité environnementale
-  La gestion durable de l’espace et de l’habitat
-  La prise en compte de critères environnementaux dans tous les secteurs d’activités
-  La consolidation et l’adaptation des services à la population, facteurs de cohésion sociale
-  La coordination et l’amélioration qualitative des actions de développement économique
-  La coordination des initiatives culturelles et touristiques
-  L’optimisation de l’organisation territoriale
-  L’amélioration continue (dispositif de capitalisation, de suivi et d’évaluation)

La mise en œuvre de l’Agenda 21 est déclinée dans l’ensemble des programmes et contrats institutionnels : conventions Etat, régions, départements, programme européens (concernant notamment l’eau, la cohésion sociale et le dialogue entre acteurs), Agence de l’eau...

Un ensemble de diagnostics et de programmations structurantes, fil rouge des dispositifs d’appui aux initiatives locales, ont été élaborées :
-  Actualisation du schéma de développement économique adopté en 2004, et définition d’une opération collective de modernisation de l’artisanat, du commerce et des services
-  Diagnostic stratégique habitat cadre de vie urbanisme foncier
-  Renouvellement du projet culturel
Parmi ces outils stratégiques relevant pleinement des engagements de l’Agenda 21, un Plan Climat territorial a été défini.

Réduire les émissions territoriales de gaz à effet de serre et s’adapter au changement climatique

Élaboration Participative d’un Plan Climat Territorial

Préalable à l’élaboration d’une stratégie globale et partagée, un diagnostic simplifié a été conduit à l’échelle du Pays, sous une double approche : un diagnostic chiffré et un recueil de perceptions.
Le diagnostic chiffré a été réalisé à l’aide d’un outil conçu par des experts missionnés par la Région Aquitaine et adapté à Midi Pyrénées, avec le concours de l’Observatoire régional de l’énergie de Midi Pyrénées (OREMIP).

Le recueil de perceptions a été réalisé sur la base d’un questionnaire et d’entretiens complémentaires auprès d’élus, de représentants institutionnels, d’acteurs économiques, associatifs, et des structures éducatives. Il visait à recueillir leurs perceptions des causes et conséquences du changement climatiques, les actions et stratégies adoptées au sein de leur organisation, les attentes et priorités identifiées pour le Val d’Adour.

A l’issue de cette enquête, 60% des personnes interrogées ont déclaré constater les effets du changement climatique : changement de régime des précipitations et l’évolution de la saisonnalité.
Mais ils ont aussi identifié des risques pour le territoire :
-  Déstabilisation de la filière agricole (sécheresse, modification des temps de culture.)
-  Risques civils tenant à la multiplication des phénomènes extrêmes
-  Renforcement de l’inégalité dans l’accès à l’énergie et au transport, d’autant que le Val d’Adour est énergétiquement extrêmement dépendant (il ne produit qu’1% de l’énergie qu’il consomme)

Le diagnostic a identifié, pour 2005, la part des consommations d’énergie et des émissions de gaz à effet de serre (GES) de chaque secteur.
Le secteur agricole est le plus gros émetteur de gaz à effet de serre (dont près de la moitié du fait des émissions dues à l’utilisation d’engrais azotés).
Ce constat a d’ailleurs infirmé la perception des acteurs locaux, pensant, à l’instar des émissions nationales, que les transports étaient le 1er émetteur de GES sur le territoire (d’autant que les moyens des collectivités ne permettent pas l’organisation de transport en commun).

De façon transversale à tous secteurs, la moitié des émissions du Val d’Adour est d’origine énergétique (émissions associées à leur combustion et à la production de l’énergie consommée).
La présentation de ce diagnostic territorial a cadré la réflexion des acteurs locaux :
-  Lancement de la démarche avec présentation des enjeux globaux du changement climatique, du diagnostic et d’initiatives exemplaires par les acteurs d’autres territoires.
-  Réflexions au sein de 2 ateliers thématiques « Aménager, se loger, se déplacer » et « Acheter, consommer, produire » : présentations d’experts, d’expériences, puis définition de stratégies et de plan d’actions.

Le Plan Climat 2010-2013 qui en est issu vise la réduction de la consommation d’énergie et de la dépendance aux énergies, notamment fossiles, et l’évolution des pratiques agricoles :
-  Limiter l’utilisation des intrants (veille active et diffusion des évolutions techniques, adaptation concurrentielle) et valorisation des activités respectueuses de l’environnement
-  Développer des documents d’urbanisme (SCOT, PLU, cartes communales..) intégrant les réactions au changement climatique, et des éco-aménagements (éco-quartiers, zones d’activités...), diffuser l’Approche Environnementale de l’Urbanisme auprès des collectivités, utiliser les outils de maitrise foncière (DPU, ZAD, EPFL...)
-  Maitriser la consommation énergétique des bâtiments publics (diagnostics, travaux, conseils), privés (renforcement des espaces info énergie...), et de l’éclairage publique (groupement d’achats lampes performantes et régulateurs...)
-  Adopter un Plan stratégique de structuration et de développement des filières de production et de consommation locales d’énergie renouvelable (solaire, bois, biogaz), et du secteur de construction d’habitat durable (notamment via la filière bois),
-  Encourager les alternatives à la voiture particulière et réduire les besoins de déplacements : favoriser la mixité des services, promouvoir le télétravail et l’usage des visioconférences, développer des circuits courts de commercialisation : organisation de dispositifs d’approvisionnement, user du levier de la restauration collective et de la sensibilisation des particuliers
-  Développer les achats responsables et la demande de produits éco-conçus (formation et conseils aux collectivités, groupement d’achats...)
-  Sensibiliser, conseiller, démontrer
-  Création d’une cellule d’animation du Plan Climat : comité de pilotage, animation d’ateliers, dynamiser un réseau d’acteurs, accompagnement des porteurs de projets, coordination technique et financière de la programmation
-  Animation d’un dispositif de suivi, de capitalisation et d’évaluation
-  Prévention des impacts de non adaptation : fragilisation de l’économie agricole, dépendance à l’énergie fossile et pression des prix
-  Mobilisation des acteurs locaux et mutualisation des moyens.
-  Développement de filières aux emplois peu délocalisables (filières courtes, énergie renouvelable, habitat durable)
-  Dispositif de capitalisation, de diffusion et d’optimisation des interventions
-  Lutte contre le changement climatique (objectifs de réduction des effets de serre et stratégie d’adaptation)
-  Réduction de consommation de ressources (énergie fossile, éco-achats, habitat durable..) et de leurs pollutions
-  Renouvellement des perspectives de développement et souci du maintien de la cohésion sociale
-  Participation à l’élaboration du Plan et à sa mise en œuvre
-  Suivi, capitalisation, évaluation