La réintroduction des arbres hors forêt dans le Gers

Nom de la collectivité : Conseil Général du Gers

Statut de la collectivité : Conseil Général

Thématique : Sauvegarder les milieux naturels

Terre Sud Aquitaine et Midi Pyrénéenne, la Gascogne Gersoise est pour beaucoup synonyme d’une campagne tranquille, ronde et blonde, attachée à la douceur de vivre dans une tradition d’accueil et de convivialité.

Ses paysages offrent une grande diversité, héritage d’une tradition de polyculture et d’élevage. Au 19e siècle, le Gers, aux 3/4 cultivé, comptait le double de sa population actuelle, répartie au sein de nombreuses métairies, hameaux, villages et bourgades, dans un dense maillage de routes, de champs et de rivières (7400 km de cours d’eau).

Après un fort dépeuplement au début du 20e, le Gers relève des départements français les moins peuplés (29 hab/km2). Son agriculture, qui s’est intensifiée, demeure avec l’industrie agroalimentaire, la principale activité de production du département. La part de sa population agricole compte parmi la plus importante de France. Avec 6 labels, 4 AOC et une filière courte palmipèdes gras, le Gers est également reconnu pour la qualité de ses productions.

Depuis une dizaine d’années, le Gers connaît cependant une importante mutation sociologique : après 150 ans de baisse continue et de vieillissement de sa population, le Gers enregistre un solde de migrations annuelles positif, notamment dans l’est du département, gagné par l’étalement de l’agglomération toulousaine et le développement du pôle aéronautique. A l’inverse, les territoires situés à l’ouest du département restent souvent confrontés à des phénomènes de déprise et d’éloignement croissant des services aux populations.

Dans le même temps, les ainés de la population gersoise, souvent très démunis, mobilisent le soutien social du Conseil Général.

Outre cette évolution, le Gers a connu des mutations territoriales avec la structuration de nombreuses intercommunalités et la création de 4 Pays.

Ces mouvements ont conduit le Conseil Général à s’interroger tant sur son positionnement institutionnel que sur les meilleures conditions d’exercice de ses compétences.

Après le développement de schémas sectoriels (solidarité, transports, habitat, eau et environnement - déchets, énergie, nouvelles technologies, culture...), le Département a choisi d’inscrire sa réflexion dans une logique de développement durable, et s’est engagé dans l’élaboration d’un Agenda 21.

Après un diagnostic thématique et fonctionnel, un travail interne au Conseil général a permis l’élaboration de propositions. Hiérarchisées, réorientées et/ou précisées par la population (questionnaires, rencontres territoriales, site internet dédié...), ces propositions ont fait l’objet d’un programme de 54 actions (126 opérations), adopté par le Conseil Général en 2008.

Les objectifs de ce programme visent essentiellement :
-  La diversification de l’économie et des emplois, la promotion d’une agriculture durable et de qualité,
-  Le maintien et l’installation de jeunes,
-  Le développement d’une offre de logements sociaux de qualité,
-  L’optimisation des dispositifs sociaux
-  La maitrise des impacts environnementaux (sur l’eau, les espaces et les paysages notamment), et la valorisation des ressources locales
-  La maitrise de l’énergie et le développement des énergies renouvelables,
-  Le développement de pratiques exemplaires, le pilotage et l’évaluation des politiques.

L’ensemble des actions mises en œuvre relève d’un souci d’intégration, de transversalité et d’optimisation des politiques menées. L’organisation de consommations et de productions responsables est un fil conducteur des programme d’actions (ex : la restauration dans les collèges).

C’est aussi dans une logique d’effet levier que le Conseil Général s’est engagé dans la restauration de la biodiversité, au travers notamment du soutien à des méthodes innovantes de réintroduction de l’arbre hors forêt.

Réduire les effets du changement climatique, l’érosion des sols, les intrants et la consommation d’eau, sauvegarder la biodiversité

Action 1 : Introduction d’arbres sur les parcelles agricoles

Depuis 2006, le Département du Gers s’est engagé dans une politique innovante pour pérenniser valoriser, et diversifier les exploitations agricoles : l’agroforesterie, développée dans le cadre d’un programme national (partenariat INRA). L’agroforesterie vise l’introduction d’arbres, de haies, de bosquets, bois et forêts dans les espaces dédiés à la production agricole animale ou végétale, en jouant sur leur complémentarité, et en tenant compte des contraintes techniques de production. Ces plantations permettent à l’agriculture de bénéficier des effets de lisière forestière :
-  Reconstitution d’un sol forestier assurant une reconquête de la fertilité naturelle des terres agricoles
-  Fonction filtrante et structurante des arbres et bandes enherbées garantissant une réserve utile en eau plus importante, une eau de meilleure qualité et une lutte contre l’érosion des sols
-  Formation de corridors biologiques participant à la préservation de la biodiversité
-  Stockage de carbone.

Outre son efficacité écologique, et son intérêt paysager, l’agroforesterie permet aux agriculteurs :
-  D’améliorer la qualité des productions : cultures et animaux sont protégés des aléas climatiques (chaleur excessive, vent...), et les arbres poussent plus rapidement et régulièrement du fait des excédents azotés des cultures et des effluents d’élevage.
-  De disposer d’une source de revenus supplémentaire : la production de bois pouvant être valorisée (bois d’œuvre, bois de travail, bois énergie...).
Selon les recherches de l’INRA, le rendement global (cultures et bois) des parcelles relevant d’une agroforesterie bien gérée serait de 30% supérieur à celui des parcelles classiques. Le Gers s’est avéré un bon territoire d’expérimentation de l’agroforesterie :
-  Il présente une bonne diversité de situations pédoclimatiques, de terroirs et de cultures
-  Il est sensible à l’érosion des sols et sa ressource en eau est fragile
-  Il a acquis une bonne expérience des programmes de plantations de haies, engagé depuis plusieurs années, et bénéficie d’un réseau d’expertise locale reconnue : l’association « Arbre et Paysage 32 ».

Compte tenu de l’intérêt escompté de ce programme, relevant de plusieurs objectifs de développement durable, le Conseil Général s’est engagé dans cette expérimentation, organisée selon les modalités suivantes :
-  Appel aux agriculteurs (les premiers candidats étaient diversifiés : polyculture élevage bio ou traditionnel, grandes cultures, parcours poulets label, pré-vergers...)
-  Accompagnement technique (diagnostic des parcelles, choix des essences...), après consultation.
Le soutien du Conseil Général est conditionné au respect d’engagements conventionnés (obligation de résultats, formation, évaluations...).
Depuis 2010, les planteurs bénéficient d’aides européennes en complément de l’aide du Conseil Général. Les montants forfaitaires sont de 3,75 €/arbre planté pour le Feader et 3,12 € pour le Conseil Général.

Un premier bilan 2007-2008 a fait état de la plantation de 4414 arbres (essences destinées au bois d’œuvre : frêne commun, chêne sessile, noyer commun, poirier franc, érable champêtre, merisier...).
16 exploitations et un Foyer social dont les terres agricoles sont gérées par le Lycée agricole Beaulieu-Lavacan, soit au total 92 ha, ont participé à ce programme. Des animations au grand public ont été proposées, 200 agents de l’Agence de l’Eau ont étudié les impacts de l’expérimentation, notamment sur les bassins versants, et le Lycée agricole a inscrit le suivi de cette opération à ses activités pédagogiques.
Compte tenu de la bonne appropriation de l’opération, le Conseil général a reconduit son soutien au programme, enrichi d’un nouveau volet recherche (essences locales et adaptation au changement climatique, intérêt et évaluation de mélanges d’essences...). Il sera évalué à l’issue des 5 premières années de l’expérimentation.

Action 2 : Constitution de corridors biologiques le long des routes

3550 km de routes départementales sillonnent le Gers. Le département entretient 7 100 km d’accotements (visibilité, sécurité routière, équipements routiers), de fossés (recueil des eaux de pluie) et de talus, soit plus de 1000 ha et 26 000 arbres d’alignement (lutte contre l’érosion des sols, limitation des ruissellements et écoulement de boue). 10 000 arbres ont été plantés depuis 1997.
Dès 2007, la gestion des dépendances vertes a fait l’objet d’un fauchage raisonné des accotements enherbés : adaptation de la période de démarrage, limitation de la hauteur de coupe à 10 cm, réduction du nombre de passes, ou suppression des passes sur les zones à espèces protégées (orchidées), réduction de l’utilisation des phytosanitaires.
Dans le cadre de la mise en œuvre de son Agenda 21, le Conseil Général s’est interrogé sur les conditions de valorisation de ces espaces, et sur leur participation au maintien de la biodiversité.
En conservant toutes les conditions de sécurité routière, le Département a décidé d’aller plus loin dans la réforme de ses pratiques d’entretien, en s’intéressant au débroussaillage des végétaux situés sur les talus.
Une zone de transition entre le milieu du talus et les champs est l’objet d’entretien, visant le dégagement du gabarit routier en taillant les végétaux (essentiellement issus des propriétés riveraines des routes) à l’aplomb du domaine public (élagage doux et dégagement des troncs, broyage des déchets verts utilisés comme paillage des plantations nouvelles).
Ces zones offrent l’opportunité de développer des lanières arbustives, (haies, arbres, selon la topographie) propres à régénérer des corridors végétaux, qui souligneront en outre, plus qu’un talus dénudé, le tracé et le relief des voies à l’intention des usagers de la route.
Aussi, le Conseil général a-t-il lancé en 2010 une expérimentation visant à laisser se développer sur cette zone des espèces végétales spontanées, ne nécessitant ni plantation, ni arrosage, ni engrais.
Sur des territoires donnés, 30 à 50 km de départementales et de routes communales connectées feront l’objet de ce test, en partenariat avec les collectivités compétentes sur le réseau routier local.
Compte tenu de la nature du changement des pratiques d’entretien, les efforts ont porté en 2009 sur l’information générale par le biais d’une conférence de lancement.
L’année 2010 a été consacrée à l’information territorialisée et à la mobilisation des parties prenantes (élus, population, agriculteurs, riverains...), en liaison avec chacun des Services Locaux d’Aménagement du Département en charge localement de la réalisation des travaux.
4 Communautés de communes sont candidates à l’expérimentation : inventaire des pratiques, identification et localisation des mesures à mettre en œuvre, sensibilisation des acteurs et animations pédagogiques, travail sur les documents préalables aux marchés de travaux, formalisation du partenariat, suivi et évaluation, avant reproduction.

Coûts

Action 1 : 2007-2008 : total 28 465 €. Conseil Général 12 889 € (+ Etat, Région, Europe)

Action 2 : temps de travail des agents du CG et prise en charge de l’animation technique et pédagogique (5 839 € TTC), confiée après consultation à l’association Arbre et Paysage 32.

Gains collectifs
-  Amélioration du système productif agricole et limitation des pollutions (et de leurs coûts)
-  Contribution à la diversification des revenus des agriculteurs
-  Participation à la recherche française et européenne et diffusion des résultats (Lycée agricole, instituts de recherche, Agence de l’eau...)
-  Soutien aux productions d’essences locales
-  Optimisation des fonds publics
-  Reconquête paysagère, participant à l’identité et la cohésion territoriale
-  Réduction des dépenses d’entretien des linéaires routiers
-  Optimisation des pratiques : sécurité routière et maintien de la biodiversité
-  Valorisation des agents d’entretien

Cohérence des interventions
-  Lutte contre les émissions de gaz à effet de serre, et adaptation au changement climatique
-  Préservation des ressources et milieux naturels, contribution au maintien de la biodiversité
-  Consommation et production responsables
-  Participation à la cohésion territoriale
-  Appel à participation des acteurs intéressés

Évaluation et suivi au travers d’indicateurs clé :
-  Agroforesterie : Nombre de dossiers aidés en agro-sylvicole et en agro pastoral / Surface totale plantée en agroforesterie / Gain en rendement et en revenu pour les agriculteurs / Amélioration des parcelles sur le plan agronomique
-  Corridors de biodiversité : Nombre de riverains participant à l’expérimentation / Linéaires de lanières arbustives installées / Evolution du nombre de coulées de boue annuelles sur le réseau routier concerné